La sangle lui comprimait le ventre. Elle tira de nouveau dessus, mais la boucle métallique résista.
Elle était enfermée dans une cage de métal.
Depuis combien de temps ? Elle avait renoncé à compter. Un souffle glacé tombait d’une grille au-dessus d’elle. Les parois vibraient autour de son corps immobilisé.
Un bourdonnement continu lui emplissait les oreilles. Un bruit de machine. De moteur, peut-être.
Où l’emmenaient-ils ?
Son cœur battait trop vite. Elle posa les mains sur ses cuisses pour dissimuler leur tremblement. Elle avait du mal à respirer. L’air entrait mais ne parvenait pas jusqu’à ses poumons.
On aurait dit une fenêtre à sa droite. Il lui aurait suffi de tourner la tête, mais son corps refusait d’obéir.
Il y avait d’autres personnes autour d’elle. Elle percevait des mouvements furtifs, parfois un rire étouffé. Comment pouvaient-elles rester aussi calmes ? Ne réalisaient-elles pas ce qui était en train de se passer ?
Elle voulut appeler, demander de l’aide. Mais aucun son ne sortait.
Sa fille l’attendait. Elle imaginait déjà la scène : sa fille, seule à la maison, regarderait l’heure et finirait par s’inquiéter. Elle revit son visage. Et si elle ne la revoyait pas ?
La cage sembla se resserrer.
Non. Il fallait reprendre le contrôle.
Elle ferma les yeux. Inspirer lentement. Retenir l’air. Expirer.
Une seconde.
Deux secondes.
Son souffle lui échappa. Elle recommença, mais plus elle s’efforçait de respirer, moins l’air rentrait. Une chaleur lui monta au visage ; sa nuque était moite et froide.
Elle avait soif, la langue collée au palais. Pourtant, elle n’osait toujours pas bouger.
Soudain, elle entendit des tintements métalliques accompagnant le roulis d’un chariot. Quelqu’un venait vers elle.
Elle se figea.
Son cœur s’emballa de plus belle. Une douleur lui traversa la poitrine.
Le chariot s’immobilisa.
Elle entendit une voix :
— Une boisson, madame ?
Elle ouvrit les yeux.
Une hôtesse de l’air en uniforme bleu marine se tenait devant elle, souriante.
La cabine reprit lentement forme autour d’elle.
— Un verre d’eau, réussit-elle à dire.
Elle le saisit à deux mains pour ne pas le renverser et but par petites gorgées.
Elle recommença ses exercices de respiration. Peu à peu, elle sentit ses muscles se détendre.
Enfin, elle tourna la tête vers le hublot. Des nuages à perte de vue.
Encore deux heures.
Elle saisit la brochure devant elle.
Pourtant, elle le savait : dans quelques minutes, son corps refuserait à nouveau de l’écouter.