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Nelly AJA

Accueil · Flash fictions

Livraison express

546 mots · 3 min de lecture

Le Père Noël n’était pas en avance.

Le réveillon de Noël tombait, sans surprise, chaque année le 24 décembre. Ça aurait dû être facile !
Pourtant, cette année encore, il était mal organisé : il avait commencé sa tournée en retard et il avait traîné dans les cuisines à la recherche de biscuits à déguster.

Il jeta un coup d’œil à sa montre de gousset, une antiquité qu’il avait héritée de son père.

— Et merde !

Le renne de tête sursauta.
C’était la catastrophe : le soleil se lèverait dans moins de deux heures, aucune chance qu’il ait fini d’ici là.
Impossible de continuer à livrer maison par maison à ce rythme.

C’est alors qu’il eut une idée géniale, quoique légèrement extravagante.

— Bon, les rennes, on va être innovants !

Et, sans plus de réflexion, il se mit à balancer les paquets par-dessus bord.

Un vélo par ici, une poupée par là, un jeu de société en plein dans une cheminée ouverte. À ce rythme, il finirait même en avance.
Il se voyait déjà dans son fauteuil à bascule, une bière à la main.

Sur le coup, il était plutôt fier de lui. Il n’avait qu’à viser vaguement, le vent faisait le reste.

— Excellent ! souffla-t-il.

Pour certains, la réalité se révéla nettement moins amusante.

Un garçon déchira l’emballage de son paquet avec impatience et découvrit un service à thé.

— Hein ? C’est quoi, ça ? gémit-il.

— Oh ! dit sa grand-mère, à qui personne ne pensait jamais, ravie à l’idée d’inviter ses copines pour le prochain goûter.

Un peu plus loin, une fillette, les yeux encore ensommeillés, trouva à la place de la poupée de ses rêves un VTT dernier cri, manifestement bien trop grand pour elle.

— Mais c’est pas ce que j’avais commandé ! cria-t-elle, scandalisée.

Son frère, déjà en selle, partit faire un tour. Parfait, il était juste à sa taille.

À l’autre bout de la ville, un garçon du nom de Jimmy, habitué aux pulls tricotés, déballa son paquet sans enthousiasme.

Il n’en revenait pas : une guitare flambant neuve.

— C’est pour moi ?

Il attrapa la guitare et s’enferma dans sa chambre. Les premières notes étaient franchement fausses.

Ses parents se regardèrent d’un air entendu, persuadés qu’il abandonnerait au bout de quelques jours.

Pendant ce temps, au Pôle Nord, le Père Noël était tout sourire.

— Voilà une opération rondement menée ! déclara-t-il, sa moustache pleine de mousse.

Les lutins parcouraient la presse en secouant la tête : « Distribution chaotique », « Jouets tombés du ciel », « La loterie de Noël ».

— On parle de nous partout. C’est pas bon du tout, marmonna le chef lutin.

Le Père Noël leva les yeux au ciel.

— Et alors ? Toute publicité est bonne à prendre, les gars.

Et peu lui importait si quelques enfants n’avaient pas reçu exactement ce qu’ils avaient commandé. Après tout, on n’avait pas toujours ce qu’on voulait dans la vie.

L’année prochaine, pensa-t-il, il ferait encore mieux.

Il se leva brusquement et s’installa devant son PC à la recherche d’un drone.

Une semaine après, Jimmy jouait déjà sa première mélodie sur sa guitare, sans se douter qu’il devait sa future carrière à la paresse légendaire du Père Noël.