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Nelly AJA

Accueil · Microfictions

Société

19 textes, à lire à la suite dans l'ordre de leur numéro.

Microfiction numéro 085

« On subit une vague de racisme », se plaignait ce descendant de colons, issu d’une communauté qui, 400 ans après, vivait encore en vase clos. Un crachat au visage de tous les descendants de personnes mises en esclavage, qu’il côtoyait sans jamais vouloir se mélanger.

Microfiction numéro 086

L’envie humaine de se démarquer et de surpasser les autres rendait une société basée sur la possession collective difficile à concevoir. On continua donc avec ce système individualiste, incapable de s’en libérer malgré ses défauts.

Microfiction numéro 087

Les rues, noires de monde. Tous déguisés, les carnavaliers chantaient, dansaient. Bradjaks, hommes d’argile, neg gwo Siro. Ils étaient là, formant un peuple. Ce soir, Vaval brûlera. Demain, les divisions referont surface. Ils pourront à nouveau s’ignorer.

Microfiction numéro 088

Des promesses avaient été faites, des élections gagnées, mais aucune action n’avait suivi. Ils étaient descendus dans la rue. La ville brûlait de colère, et les girouettes ne savaient pas comment éteindre le feu.

Microfiction numéro 089

La communication échouait presque toujours, sauf par accident. Seuls les initiés, porteurs de connaissances ésotériques, parvenaient encore à se comprendre. Les autres, perdus dans l’incompréhension, n’avaient plus rien à se dire.

Microfiction numéro 090

Il avait des valeurs et était entré en politique pour changer les choses. Mais très vite, un schisme grandit en lui. Réticent aux concessions et à la corruption, il céda peu à peu. Le pouvoir, implacable, l’avait corrompu.

Microfiction numéro 091

Elle achetait peu de vêtements et les portait le plus longtemps possible : simple, économique, et bon pour la planète. Un choix forcément intelligent, puisqu’il avait été adopté par Einstein lui-même. Elle n’avait pas découvert la relativité, mais adorait rappeler ce fait à ceux qui critiquaient ses choix.

Microfiction numéro 092

« Tous les héros ne portent pas de cape. » Eux, armés de gants et de balais, portaient un manteau d’invisibilité, veillant chaque jour sur notre bien-être — jusqu’au jour où leur absence se faisait cruellement sentir.

Microfiction numéro 093

Les hommes savaient faire voler des fusées, bientôt ils sauraient migrer vers une autre planète. Mais à quoi bon ? Ils ne savaient toujours pas vivre en paix, nourrir chacun, préserver leur monde.

Microfiction numéro 094

Les meilleures œuvres naissaient dans l’humilité. Privés de cette vertu, les hommes n’écrivaient plus rien de bon. Bientôt, plus aucun écrit ne parut. Incapables d’imaginer un autre monde, l’humanité resta figée dans le passé et finit par s’éteindre doucement.

Microfiction numéro 095

Les introvertis devinrent les plus puissants. Analyse, logique, créativité : leurs forces étaient redoutables. Une fois conscients de leur pouvoir, ils prirent le contrôle du monde.

Microfiction numéro 096

Suivant les conseils de Pythagore, on avait appris à dire beaucoup en peu de mots. Chaque mot comptait. Du moins, au début. Puis vinrent les threads, les articles, les certifications… Et on finit par dire si peu avec tant de mots.

Microfiction numéro 097

Elle rafraîchit la page pour la quinzième fois. Toujours rien. Pas un seul like. « À quoi bon ? Personne n’aime ce que j’écris… » Prête à effacer cette humiliation muette, elle vit un « 1 » apparaître. Minuscule, mais suffisant. Juste à temps pour désamorcer le drame.

Microfiction numéro 098

Serviteurs hier. Consommateurs aujourd’hui. Rien n’avait changé. Enfermés dans ce système, ils ne seraient jamais libres.

Microfiction numéro 099

La bêtise se propageait comme un virus. Incapables de réfléchir, les hommes faisaient circuler toutes les fausses informations qu’ils entendaient.
Ceux qui gardaient un esprit critique furent ostracisés, rejetés par une société qui ne tolérait plus la réflexion.

Microfiction numéro 100

Travailler. Consommer. S’endetter. Travailler plus dur. Solder sa dette. Être libre, enfin. Et recommencer, sans fin.

Microfiction numéro 101

Il ne débattait plus. Il se contentait de citer le proverbe adéquat, évitant toute pensée critique. « Le silence est d’or », pensait-il, en éludant chaque question. À force de se taire, il finit par perdre la capacité de réfléchir.

Microfiction numéro 102

Une tempête fit chavirer le yacht. Peu survécurent, échoués sur une île. Tous, sauf une, espéraient les secours.
Ici, les rôles s’étaient inversés : Ils dépendaient tous d’elle pour se nourrir. Invisible sur le bateau, elle devint la plus puissante.