« On subit une vague de racisme », se plaignait ce descendant de colons, issu d’une communauté qui, 400 ans après, vivait encore en vase clos. Un crachat au visage de tous les descendants de personnes mises en esclavage, qu’il côtoyait sans jamais vouloir se mélanger.
L’envie humaine de se démarquer et de surpasser les autres rendait une société basée sur la possession collective difficile à concevoir. On continua donc avec ce système individualiste, incapable de s’en libérer malgré ses défauts.
Les rues, noires de monde. Tous déguisés, les carnavaliers chantaient, dansaient. Bradjaks, hommes d’argile, neg gwo Siro. Ils étaient là, formant un peuple. Ce soir, Vaval brûlera. Demain, les divisions referont surface. Ils pourront à nouveau s’ignorer.
Des promesses avaient été faites, des élections gagnées, mais aucune action n’avait suivi. Ils étaient descendus dans la rue. La ville brûlait de colère, et les girouettes ne savaient pas comment éteindre le feu.
La communication échouait presque toujours, sauf par accident. Seuls les initiés, porteurs de connaissances ésotériques, parvenaient encore à se comprendre. Les autres, perdus dans l’incompréhension, n’avaient plus rien à se dire.
Il avait des valeurs et était entré en politique pour changer les choses. Mais très vite, un schisme grandit en lui. Réticent aux concessions et à la corruption, il céda peu à peu. Le pouvoir, implacable, l’avait corrompu.
Elle achetait peu de vêtements et les portait le plus longtemps possible : simple, économique, et bon pour la planète. Un choix forcément intelligent, puisqu’il avait été adopté par Einstein lui-même. Elle n’avait pas découvert la relativité, mais adorait rappeler ce fait à ceux qui critiquaient ses choix.
« Tous les héros ne portent pas de cape. » Eux, armés de gants et de balais, portaient un manteau d’invisibilité, veillant chaque jour sur notre bien-être — jusqu’au jour où leur absence se faisait cruellement sentir.
Les hommes savaient faire voler des fusées, bientôt ils sauraient migrer vers une autre planète. Mais à quoi bon ? Ils ne savaient toujours pas vivre en paix, nourrir chacun, préserver leur monde.
Les meilleures œuvres naissaient dans l’humilité. Privés de cette vertu, les hommes n’écrivaient plus rien de bon. Bientôt, plus aucun écrit ne parut. Incapables d’imaginer un autre monde, l’humanité resta figée dans le passé et finit par s’éteindre doucement.
Les introvertis devinrent les plus puissants. Analyse, logique, créativité : leurs forces étaient redoutables. Une fois conscients de leur pouvoir, ils prirent le contrôle du monde.
Suivant les conseils de Pythagore, on avait appris à dire beaucoup en peu de mots. Chaque mot comptait. Du moins, au début. Puis vinrent les threads, les articles, les certifications… Et on finit par dire si peu avec tant de mots.
Elle rafraîchit la page pour la quinzième fois. Toujours rien. Pas un seul like. « À quoi bon ? Personne n’aime ce que j’écris… » Prête à effacer cette humiliation muette, elle vit un « 1 » apparaître. Minuscule, mais suffisant. Juste à temps pour désamorcer le drame.
Serviteurs hier. Consommateurs aujourd’hui. Rien n’avait changé. Enfermés dans ce système, ils ne seraient jamais libres.
La bêtise se propageait comme un virus. Incapables de réfléchir, les hommes faisaient circuler toutes les fausses informations qu’ils entendaient.
Ceux qui gardaient un esprit critique furent ostracisés, rejetés par une société qui ne tolérait plus la réflexion.
Travailler. Consommer. S’endetter. Travailler plus dur. Solder sa dette. Être libre, enfin. Et recommencer, sans fin.
Il ne débattait plus. Il se contentait de citer le proverbe adéquat, évitant toute pensée critique. « Le silence est d’or », pensait-il, en éludant chaque question. À force de se taire, il finit par perdre la capacité de réfléchir.
Une tempête fit chavirer le yacht. Peu survécurent, échoués sur une île. Tous, sauf une, espéraient les secours.
Ici, les rôles s’étaient inversés : Ils dépendaient tous d’elle pour se nourrir. Invisible sur le bateau, elle devint la plus puissante.
L’ère de l’Homo Sapiens était révolue. Celle de l’Homo Humilis commençait.